PAS DE ÇA CHEZ MOI !

Déjections qui détruisent les plafonds, coulures sur les murs avec peinture dégradée, isolation à la laine de verre détériorée et câbles de caméra de surveillance mâchouillés… Les dégâts dans cette maison de Mondorf, en Moselle, sont conséquents. Pour Frédéric Torrelles, exterminateur chez DKM experts, le constat est sans appel : c’est une fouine qui a provoqué tout ça.

maison dessin

« La fouine est un animal utile car c’est un prédateur qui régule pour maintenir sa population.»

Fréderic Torelles, exterminateur chez DKM experts

« Les gens sont gênés par le bruit, ils ont l’impression que quelqu’un marche chez eux. Ou alors, ils constatent de l’isolant dans le jardin. Elle dérange au lever et au coucher du soleil, car c’est un animal nocturne. Ce sont les plus gros indices de présence d’une fouine », indique l’expert. Les fouines laissent aussi des restes d’oiseaux, de hérisson, d’œufs, ce qui conduit évidemment à un pourrissement des cadavres et des mouches.

« Territoriale, agressive et caractérielle », la fouine vit généralement à la campagne. Si elle se rapproche des humains, c’est parce que c’est un animal thermophile. C’est pourquoi elle provoque souvent des problèmes au niveau des voitures. Elle s’installe près du moteur lorsqu’il est chaud, et dévore les câbles, composés de maïs, comme la durite, qui conduit ensuite à une fuite de liquide de refroidissement. Son mode opératoire est simple : sur son territoire d’1,5 kilomètres-carrés, elle établit une résidence principale et plusieurs secondaires.

Elle vient de manière sporadique, et une fois qu’elle a établi ses préférences, elle s’installe. Elle chasse la nuit et nettoie tout ce qu’il y a autour. Elle marque aussi sa zone avec ses déjections, ce qui peut être très désagréable à cause de son urine ammoniaquée.

L’empilement de pièces au niveau de la toiture peut-être un facteur de risque. Son intrusion est facilitée s’il y a des tuiles coupées, un velux, une jonction de toiture. « Soit elle entre à cause de la conception des toitures, soit parce que la maison est inhabitée. Il faut aussi éviter d’avoir des arbres près des toitures ou réaliser des élagages fréquents », recommande Frédéric Torrelles. Des conseils à ne pas prendre à la légère, car le coût des dégâts peut vite chiffrer. À cause de ses griffes non-rétractables, la fouine fait des picots dans la laine de verre, ce qui entraîne directement une déperdition de chaleur importante et des réparations qui peuvent aller jusqu’à 5000 €. Les réparations de voiture quant à elles s’élèvent parfois à 1500 €.

Hormis le piégeage, réservé aux chasseurs ayant un agrément, l’exterminateur a deux techniques non-létales pour se débarrasser des intrus. Il utilise soit un produit répulsif, avec marqueur odorant très désagréable pour la fouine, soit un produit dissuasif avec marquage de territoire grâce à des phéromones, qui lui fera croire qu’un autre individu est sur son territoire. La même technique est appliquée lorsqu’il s’agit d’une martre, cousine de la fouine. Mais celle-ci vit exclusivement en forêt, et ne s’approche que des maisons qui en sont proches.

Crédit : Sales-bêtes – qui est le plus nuisible ?

Mangeurs de poules

Si la fouine s’approche des foyers, c’est aussi pour s’attaquer aux poulaillers des particuliers. « Si de la nourriture est laissée à discrétion, les rongeurs viennent, ce qui attire la fouine, poursuit Frédéric Torrelles. Le renard ne prélève qu’une poule si ça se passe bien, pas la fouine. » Mais ce n’est pas ce qu’ont constaté certains particuliers. 

Sébastien Clerc, habitant en zone périurbaine entre Lyon et Chambéry, a renoncé à avoir un poulailler au bout de 8 ans suite aux trop nombreuses attaques. Après des premières pertes au bout de 2 ans à cause d’une fouine, il a renforcé le grillage et installé une clôture électrique : « J’avais mis en place un système assez élaboré et cela a bien marché pendant longtemps. Mais c’était contraignant, car il fallait faire attention à la batterie », raconte-t-il.

« Si de la nourriture est laissée à discrétion, les rongeurs viennent, ce qui attire la fouine.»

Frédéric Torrelles, exterminateur chez DKM Experts

Malheureusement, il y a eu une défaillance avec la neige, et un renard est arrivé à passer en creusant en dessous. Il a attaqué en pleine nuit et a tué 7 ou 8 volailles. « Il est revenu malgré les réparations, puis il a attaqué en journée. Certains poulets qui dormaient dans un arbre et qui avaient survécu jusque-là, je les ai retrouvés tous morts après le travail, explique-t-il. Le problème avec le renard, c’est qu’il tue tout, c’est ça qui est dur. Je peux comprendre qu’il mange, mais il ne prend pas ce qu’il lui faut. À la fin, j’en ai eu tellement marre que j’ai mis un nœud coulant dans le passage où il a fait son trou, mais ça n’a pas marché. Les chasseurs font des battues, mais ça ne change pas grand chose. Et encore, nous, c’est pour le plaisir. On n’est pas éleveur. » 

Face au coût des systèmes automatiques, il était « trop dégoûté » pour continuer. Aujourd’hui, il n’a que des oies, car elles se rebiffent s’il y a une attaque. Pour Éric Béreaux, habitant dans l’Aisne à 30 kilomètres de Reims, la solution est simple : ouvrir et fermer son poulailler tous les jours. Ses trois poules et son coq vivent en liberté la journée, il n’y a pas de risque, car les prédateurs sont nocturnes. Une habitude qu’il a prise après avoir subi lui aussi des pertes. « Après la deuxième attaque, j’ai pris le réflexe de fermer le poulailler tous les soirs. La troisième est due à un oubli. Je suis désormais beaucoup plus prudent et je demande à mes voisins de s’en occuper quand je pars en vacances », indique-t-il. Il a aussi investi dans un poulailler acheté sur Internet qui est plus sécurisé et a installé un grillage au fond du jardin.

« J’étais dégoûté, attristé, j’avais les larmes aux yeux. Si j’ai des poules, c’est pour qu’elles soient heureuses, par pour qu’elles se fassent manger. Mais je ne veux pas qu’on tue les renards, poursuit-il. Il y a un papi qui chasse dans le village, il est venu voir et a trouvé la brèche dans le grillage par laquelle le renard est passé. Il a mis un piège sans mon accord. Je ne veux pas prendre le risque qu’un chat ou un chien soit piégé. Les renards qui attaquent, c’est normal, c’est naturel. C’est à moi de prendre mes dispositions. » Au total, les dégâts de renard lui ont coûté environ 500 €, mais il ne s’est jamais posé la question. « Si je ne pouvais pas me le permettre financièrement, je ne le ferais pas », conclut-il.

Pour Sabrina Lechevalier, autre propriétaire de poules en Normandie, l’attaque était encore plus inattendue : c’est la chienne de son neveu qui s’en est pris à ses volailles. Pourtant habituée à voir les poules en liberté dans le jardin, la Beagle de 3 ans a mangé la poule en à peine 10 minutes : « Elle n’est jamais agressive, mais elle était déjà hystérique avec les lapins ce jour-là. Elle est issue d’une race de chasse. »

Problèmes de voisinage

Si les sangliers sont un fléau pour les agriculteurs, ils gênent aussi les particuliers et les usines. À Florange, les usines sidérurgiques d’ArcelorMittal possèdent un grand terrain où vivent désormais certains spécimens. Alain*, salarié du groupe et chasseur, réalise deux battues par an autour de l’usine avec quelques collègues.

Au niveau du crassier, les nuisibles ne posent pas de soucis. En revanche, les sangliers sont un risque, car ils empruntent les routes des employés. « Certains ouvriers font les roulements de poste, à des heures où les animaux sortent. C’est dangereux pour eux. Il y a aussi des accidents sur site, sur la ligne de chemin de fer interne », rapporte-t-il. La chasse sur le site a commencé il y a une dizaine d’années, lorsque la direction a reçu des plaintes de salariés. Les employés qui chassaient ont donc été sollicités pour régler le problème et l’année suivante, ils ont monté une association de chasse au sein de l’entreprise.

« Le blaireau cause peu de dégâts. On marche sur la tête à le massacrer. »

Franck Vigna, vidéaste et naturaliste

En 2009, l’OFB (anciennement ONCFS), estimait à 65 000 le nombre de collisions entre des véhicules et des animaux sauvages. Dernier chiffre officiel, il aurait baissé à 30 000 par an aujourd’hui. Il n’empêche qu’en 2018, 24 accidents mortels ont impliqué un animal sauvage, soit deux fois plus qu’en 2017 (15 tués), rapporte l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, dans son bilan de l’accidentalité 2018. Les 1500 « écoducs », ces ponts pour animaux qui passent au-dessus ou en-dessous des autoroutes, ne suffisent pas à limiter l’empiètement des routes sur les milieux naturels.

Même constat côté rail : on recense pas moins de 1432 incidents sur la voie ferrée en 2018, impliquant surtout sangliers et cervidés, selon le Centre de ressources trame verte et bleue. Une petite partie de ces accidents est due aux terriers, qui déstabilisent les structures et peuvent causer des effondrements. Le blaireau, classé gibier et non Esod, est la cible des chasseurs notamment pour cette raison et subit des déterrages, une pratique assez violente. « Il cause peu de dégâts, mais souvent, il creuse des terriers dans les vignes. On marche sur la tête à le massacrer », déplore Franck Vigna, vidéaste et naturaliste.

Alain intervient aussi sur le secteur de l’ancienne centrale thermique EDF à La Maxe, près de Metz, qui a fermé en 2015.« L’adjudicataire de ce secteur apprécié des cervidés ne prend que des chasseurs en qui il a confiance, car c’est un secteur difficile où il faut donc être prudent. La sécurité d’abord, c’est ce qu’il faut privilégier. »

Mais certains riverains ne l’entendent pas de cette oreille. ArcelorMittal reçoit régulièrement des plaintes l’accusant de ne pas gérer la faune sur son terrain. Ils lui reprochent de ne pas pouvoir promener leurs chiens, et des dégâts de sangliers dans les jardins. « Ils remettent la faute sur nous, les chasseurs, alors qu’ils ne clôturent pas leurs jardins », déplore le chasseur. Mais il reconnaît que si les sangliers veulent passer, « ils défoncent tout ». L’usine est grillagée pour protéger les riverains, mais c’est insuffisant. Elle essaie tant bien que mal de forcer les sangliers à rester sur son terrain, mais ils se rapprochent des habitations pour se nourrir.

Yolande Hyver, habitante de Dordogne, subit les mêmes problèmes que les Florangeois. « Avant, on pouvait contourner ma maison, mais les sangliers se sont rapprochés. Maintenant, ils traversent les champs. Les ornières derrière ma maison font bien trente centimètres de profondeur, on ne peut plus du tout y passer en voiture », décrit-elle. Entre le champ derrière chez elle qui est pourtant engrillagé et la nationale de l’autre côté, le secteur est un peu difficile. « Il n’y a pas beaucoup de battues par rapport au nombre de sangliers. Un d’entre eux était même sur le paillasson de ma voisine un matin, il devait fuir la chasse, raconte-t-elle. « Ça fait 50 ans que je suis dans cette maison, ça doit faire deux, trois ans qu’ils sont là. » Les chasseurs de la commune voisine en ont abattu 220 cet hiver.

L’empiètement des zones urbaines et la disposition de nourriture rapprochent les animaux des Hommes. L’idéalisation de la faune, suscitée par la fiction, est ainsi ébranlée par la réalité au quotidien.

* Le nom a été changé.