PROBLÈMES SANITAIRES, L’EXCUSE FACILE ?

Échinococcose alvéolaire, leptospirose, rage, les animaux sont souvent pointés du doigt car ils sont porteurs de maladies pouvant atteindre l’Homme. L’argument sanitaire est d’ailleurs l’un des arguments prédominants en faveur de la chasse au renard.

De nombreuses maladies touchent les animaux en forêt, mais la plus connue et dont le renard est l’hôte principal est l’échinococcose alvéolaire. L’agent pathogène de cette maladie est un ver plat comme le ténia. D’après le ministère de l’Agriculture, on compte trente cas par an de personnes atteintes par cette maladie, car « l’Homme est un hôte intermédiaire accidentel. » Soigné rapidement et avec des gestes de prudence, elle est aussi facilement évitable. Mais le renard est le principal animal porteur de cette maladie, c’est une espèce carnivore qui consomme des rongeurs régulièrement qui peuvent être eux-mêmes porteurs de ce ver.

« La contamination chez l’Homme entraîne rarement une maladie. »

Site du ministère de l’Agriculture

Face à ce ver, Xavier Le Coq, chasseur en Moselle depuis l’enfance, précise qu’il y a des règles de « bonne hygiène » à appliquer sur le terrain. Pour lui, les associations de défense du renard sont extrêmes : « Elles ne comprennent pas que les renards mangent les œufs et qu’il y a un risque sanitaire avec l’échinococcose. » Dans le Sud-Ouest de la France, Christian Gatault, chasseur lui aussi, affirme que les renards sont un danger pour ses chiens : « Il y a de moins en moins de déterrage de renards, car ils sont porteurs d’une maladie qui pourrait contaminer nos chiens. » Cette maladie, appelée maladie de Carré, a pourtant un vaccin. Dans les revues de chasse notamment, cette maladie est vue comme un signal d’alarme : « Trois cas avérés dans le Doubs et la Savoie. » Si on compare à l’échinococcose, la maladie de Carré est moindre face au ver plat. 

Elle ne touche pas seulement le renard, mais aussi le blaireau, qui est souvent déterré par les chiens de chasse. Ce virus est donc surveillé de près par les chasseurs, néanmoins la revue précise qu’avec la vaccination des chiens, le risque peut être évité. 

Pour Christophe*, adjudicataire de chasse (personne qui a un bail de chasse et loue des surfaces forestières à la commune), sans régulation et l’animal n’ayant plus de prédateurs, cela pourrait engendrer de trop gros risques sanitaires : « La population de renards est excédentaire à cause de leur grande faculté à s’adapter aux changements imposés par l’Homme et à vivre à son contact. D’autre part, la rage servait de régulateur de la population de renard , grâce ou à cause à la vaccination, cet outil de “contrôle naturel” des populations n’existe plus. L’Homme a une influence depuis longtemps sur la nature, et son rôle aujourd’hui est de faire en sorte que tout le monde ait une place. » L’alternative de la vermifugation de cette espèce est une idée que ne comprend pas l’adjudicataire : « Cela pollue et on ne sait pas qui va ingérer le traitement. Il faudrait les traiter quatre fois par an pour une efficacité très loin d’être garantie, contrairement à un vaccin, comme pour la rage, pour lequel la protection s’étend sur pratiquement toute la vie de l’animal. La vermifugation réduira peut être le risque d’échinococcose pour l’Homme, mais ne diminuera pas les autres problèmes liés à la surpopulation de renard. »

Mais le renard n’est pas seulement touché par ces deux maladies, la plus tristement célèbre est la rage qui touche principalement les mammifères. D’après le photographe animalier Jean-Luc Wolff, « la rage n’est plus vraiment un problème. » À l’époque de cette maladie, le renard était l’image du danger pour l’Homme. Si le dernier cas de maladie en France a été diagnostiqué en 2017, personne n’est plus contaminé sur le sol métropolitain selon l’Institut Pasteur. Pour l’agriculteur Michel Pritzy, fervent défenseur du renard dans ses prairies, la Suisse est l’exemple qui montre qu’on peut éviter l’élimination de l’espèce malgré la rage : « On a voulu exterminer le renard pour cause de la rage. En Suisse, ils les ont tout simplement vaccinés. »

Ainsi, pour François Moutou, la rage chez le renard est devenue une excuse plus qu’un cas avéré. Pour lui, les arrêtés exagèrent la situation des maladies qui pourraient toucher ce mammifère. « Il a suffi qu’on vaccine les renards pour arrêter les cas secondaires, c’était quand même l’espèce réservoir. » Ce chercheur donne un autre exemple de maladie qui peut toucher l’espèce : la leptospirose, maladie bactérienne dont les rongeurs sont les principaux porteurs et qui sont des proies du renard. Les cas de leptospirose humaine seraient liés au réchauffement climatique, affirme François Moutou.

Du côté des particuliers, là encore, les maladies provenant des animaux persistent. Pour l’exterminateur Fréderic Torelles de chez DKM Experts, les pigeons causent un problème sanitaire dans les maisons. Ils nichent dans les toitures des maisons et attirent les ténébrions, des petits insectes qui peuvent se loger dans la maison par la suite. Mais pour cela, l’exterminateur n’oublie pas qu’il y a des solutions : « Il faut tout désinfecter et fermer les points d’entrée. »

Certaines maladies sont problématiques pour les animaux de compagnie. Éric Béreaux en a fait les frais, son chien Filou a été contaminé il y a trois ans par la gale du renard et aurait pu en mourir. Ce parasite se loge sous la peau formant des petits « tunnels » et provoque de grosses démangeaisons, « J’étais malheureux pour mon chien », raconte Éric. D’après le diagnostic du vétérinaire, son chien a pu attraper cette maladie par reniflement de l’urine ou des excréments du renard. Un parasite qui coûte cher pour le maître et son chien : « Il a eu huit jours de piqûres et de médicaments et pendant deux ou trois mois de la pommade. C’était une lotion à appliquer avec des gants, deux fois par jour, ce qui prenait trente minutes à chaque fois. Le traitement a coûté entre 150 et 200 euros. »

« C’est un rempart efficace à la maladie de Lyme. »

Franck Vigna, vidéaste et naturaliste

La maladie de Lyme est aussi intimement liée au renard aujourd’hui. À l’inverse des précédentes citées, le petit mammifère est un rempart face à elle. Étonnement, dans les revues citées plus haut, l’espèce n’est jamais mentionnée comme un animal rempart.

Une tique dans la main d’un chasseur. Crédit : Sales bêtes – Qui est le plus nuisible ?

Cette bactérie se trouve le plus souvent dans le sang des petits rongeurs dont les campagnols, nourriture régulière du carnivore. Selon François Moutou : « Si vous éliminez les prédateurs du campagnol, vous augmentez la charge de tique et les risques pour la santé publique. » 

Tout comme Franck Vigna, vidéaste et auteur du documentaire L’Odeur de l’herbe coupée, l’élimination de ce petit mammifère n’est pas du bon sens : « En tuant beaucoup de renards on augmente la prévalence de la maladie de Lyme et même de l’échinococcose alvéolaire. » Mais la réduction des espèces n’est pas seulement négative pour les problèmes sanitaires, Patrick Haffner, expert en mammifères au Muséum d’histoire naturelle, explique l’avantage de la réduction des populations permettant d’avoir des populations plus saines :  « Les prédateurs s’attaquent à des animaux faibles voire malades, donc un prédateur n’est pas l’ennemi de sa proie. »

Le danger du sanglier

Les chasseurs sont aussi sensibles aux maladies que peuvent causer le sanglier comme la maladie d’Aujeszky. Cette maladie virale n’est pas transmissible à l’Homme mais peut là encore toucher nos animaux de compagnie. Elle est spécifique aux suidés comme le sanglier ou le porc domestique. Mais celle qui pose le plus d’inquiétude selon Olivier Jacque, responsable de l’unité chasse de la DDT (Direction départementale des territoires) de Moselle, c’est la peste porcine africaine : « Elle a une vitesse de propagation énorme, on met en place des mesures depuis deux ans avec l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) pour l’éviter. »

Cette maladie arrive en France de Belgique mais provient à la base du Kenya et se propage depuis les années 1990 en Europe, elle est donc surveillée à la frontière nord mosellane. Elle peut être aussi appelée la fièvre porcine et cause un grand taux de mortalité, parfois atteignant les 100% selon les écoles vétérinaires. Elle est classée comme danger sanitaire de première catégorie sur le sol métropolitain car elle peut toucher les porcs domestiques et les abattoirs.

Si la PPA (peste porcine africaine) atteint notre pays, il peut donc y avoir des conséquences économiques sur notre alimentation. Valentin Girod de l’OFB (Office français de la biodiversité), explique que la Pologne était l’un des premiers pays européens touchés par cette maladie. En conséquence, le pays ne peut toujours pas exporter sa viande de porc : « Nos éleveurs la craignent, surtout les Bretons dont la principale activité locale est le porc », affirme-t-il. 

Pour répondre aux inquiétudes, la limitation des sangliers sur le territoire est une priorité. Pour Yannick Henry de la FDSEA de Moselle (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), sans chasse, le nombre de sangliers serait encore plus catastrophique : « La régulation n’est pas assez forte. Mais les chasseurs ont toujours peur de ne plus en avoir. » Le sanglier fait partie des animaux qui n’ont pas de bagues et peuvent être tirés en nombre presque illimité. Seulement, les chasseurs s’en tiennent à la réglementation. Face à cela, les agriculteurs entrent en conflit avec eux.

Les maladies du sanglier peuvent être aussi une conséquence de l’importation. Mais pour le lobbyiste Thierry Coste, les parcs commerciaux sont encadrés sur le plan sanitaire. Pour l’importation illégale, c’est un combat de tous les jours : « Nous plaidons pour une interdiction de l’importation, mais nous n’avons jamais pu l’empêcher. »


D’autres animaux contractent des maladies qui ne sont pas forcément transmissibles à l’Homme. Une problématique se pose alors sur la décimation d’une espèce à cause de ces agents pathogènes. Le lapin de garenne, autrefois considéré comme animal nuisible, ne l’est plus aujourd’hui que dans certains départements. Il a subi les conséquences de la myxomatose : « C’est un animal qui a énormément souffert », confirme Valentin Girod de l’OFB. 

Les oiseaux sont eux aussi porteurs de maladies qui nous concernent, la plus connue étant la grippe aviaire. Mais cela n’enlève pas à ces espèces leur rôle d’équarrisseur naturel : « Les corvidés recyclent beaucoup de choses. En recyclant des cadavres, ils vont recycler des animaux morts de maladies dangereuses pour l’humain. » Ces oiseaux, comme le vautour par exemple, deviennent des « culs-de-sac » en décontaminant les carcasses. Ainsi, certaines espèces sont elles-mêmes des remparts de problèmes sanitaires animal-humain.

La conséquence de ces maladies peut provenir seulement de l’Homme. Si nous accusons facilement les animaux sauvages, la domestication est un des facteurs de maladies. Nos animaux de compagnie, chez nous, sur notre canapé, dans notre jardin, sont eux-mêmes porteurs de maladies transmissibles à l’Homme : « La domestication a un coût sanitaire très intéressant », explique François Moutou. Et pourtant, ce ne sont pas des sales bêtes. 

*Le nom a été changé.